l’Amateur d’art

N.L. article paru dans l’Amateur d’art, mars 1989

S’il existe un artiste exigeant, ennemi d’une quelconque facilité mais soucieux de conserver son entière liberté, le dessinateur Rémy Ladoré est celui-là.

Il élève le dessin et la gravure au rang des oeuvres les plus grandes et les plus nobles car il pratique son art avec la foi et l’amour nécessaires à la vraie création. La vie quotidienne, la femme, l’amour, sont au centre des ses compositions minutieuses sans excès et dans lesquelles ne se trouve aucun élément mineur. Ladoré observe les êtres, les couples et poétise la réalité qu’il réinvente.

Tour à tour satirique, surréaliste, voluptueux -de ses couples émane une constante sensualité- il réussit par la magie de son graphisme aigu, précis et d’une imagination parfois proche du fantastique, à transmettre une atmosphère étrange où les personnages sont tout à la fois hors du temps et proches de nous.

L’impression d’eternité, de permanence des sentiments à travers les époques se dégage de ces images baroques. La finesse de son trait s’allie à une grande sûreté. Des fonds vierges, le dessin travaillé se detache; jeux d’ombres et de lumière sont parfaitement maîtrisés. Ladoré a conservé de l’héritage classique la science de l’anatomie, il fait saillir un muscle, crée des volumes par le jeu des valeurs.

Ses gravures toutes executées au burin possèdent souplesse et fermeté et sont animées de vibrations. Plus depouillées, plus rigoureuses encore que les dessins, elles sont l’expression d’un goût de la recherche sans cesse renouvelé et d’une exceptionelle technique.