Marcel Sauvage (2)

Article publié dans L’Information artistique, no. 35, dec. 1956

[…] Rémy Lejeune (Ladoré) évoque tour à tour, comme en se jouant, avec un sérieux toutefois qui en impose, les bons imagiers flamands du Moyen-Âge et les maîtres les plus aigus de l’expressionisme contemporain pour lesquels, à travers l’école allemande assez peu connue, Dürer, Cranach et Holbein sont demeurés vivants…

[…] S’il est vrai que le dessin soit l’écriture de base des Beaux-Arts, Lejeune est à mes yeux un nouveau premier prix d’écriture, mais d’une écriture qui ne se satisfait pas d’un graphisme en soi non plus que de son échevellement abstrait aujourd’hui à la mode, une écriture qui cerne des sens dans l’espace et fixe un message.

Elle signifie… Elle justifie son ampleur portée à l’extrême du format ou de la délicatesse du signe. Elle synthétise moins cependant qu’elle ne se boucle harmonieusement mais dans une plénitude linéaire, si je puis dire, solidement échafaudée, architecturée. Ainsi, du réalisme immédiat au surréalisme naturel ou le plus spontané qui s’en dégage, à l’occasion, par voie d’arabesques, l’oeuvre de ce dessinateur précis et ambitieux est frappée au coin d’autant d’humour poétique et d’ironie ou d’intelligence que de sensualité humaine où la part du rêve n’est pas la moins considérable.

Il y a longtemps que je n’avais admiré de telles qualités chez un artiste aussi discret. Car Rémy Lejeune, il me semble, nous offre en outre les alléchantes prémisses d’un illustrateur de haute graisse, d’un décorateur d’une audace « classique » peu commune, en puissance de chevalet a l’écran panoramique.

Marcel Sauvage, journaliste et écrivain Français.