R.W. de Cazenave

Article paru dans Caractère Noël, no.13 hors-série, 1957

À une époque où la déformation graphique, je pourrais écrire la malformation, est à l’honneur, Rémy Lejeune (Ladoré) surgit, imperturbable, dedaigneux de la mode et rend à la ligne sa dignité originelle.

On m’objectera qu’il lorgne sur le passé, qu’il a la mémoire imprégnée d’italianisme, qu’il est hanté aussi par la somptuosité flamande et qu’il sourit tantôt à Boticelli, tantôt à Memling. Je n’en ai cure, Mieux, il ne me déplaît pas qu’il ait la souvenance respectueuse des maîtres disparus, qu’il s’incline devant leurs mémoires et contribue, ce faisant à leur éternité.

Mais Rémy Lejeune n’est pas qu’habile, ce serait pour lui trop simple et peu glorieux. Ce funambule possède l’adresse d’où naît la maîtrise, ses oscillations continues sont à la mesure de sa grâce, il en use en artiste maître de ses tours.

Il leur impose sa marque, les dote de sa personnalité parce que tel est son désir. Et de ces luttes précieuses, où il triomphe aisément, naissent des oeuvres qui n’appartiennent qu’à lui. L’interprète rejoint alors le créateur. Est-il meilleure union ?